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Les adjoints au médecin :
Le temps est venu

Doug Thomson, directeur
Association Canadienne d'Orthopédie

Les adjoints au médecin (AM) donnaient déjà un coup de main aux chirurgiens à l'époque où la Bretagne régnait sur les océans et Napoléon, sur les champs de bataille européens, donc dès que les pertes risquaient d'être importantes.

photo3.jpgEn effet, la Deuxième Guerre mondiale et la guerre de Corée ont donné un nouvel élan à la profession et mené à la création du premier programme officiel de formation des AM, à l'université Duke, en Caroline du Nord, en 1965. À ce jour, ce programme demeure d'ailleurs un leader dans la conception de modèles réglementaires pour les AM. Le soutien généralisé accordé à la profession par les groupes de médecins américains a en outre entraîné une croissance spectaculaire du nombre d'AM : de 1992 à 2000, le nombre d'AM exerçant aux États-Unis a doublé. On compte actuellement plus de 70 000 AM dans tous les États-Unis.

En revanche, le Canada a beaucoup de rattrapage à faire s'il veut intégrer les AM au système de santé. Pour l'instant, il faut être membre des forces armées et avoir au moins dix ans d'expérience médicale pour pouvoir suivre la formation des AM à la Base des Forces canadiennes Borden, en Ontario. De 20 à 24 AM sont formés chaque année par l'École des Services de santé des Forces canadiennes. En 2003, 130 AM travaillaient pour le ministère de la Défense nationale. L'Association canadienne des adjoints au médecin (ACAM), organe de gouvernance militaire, représente ses membres sur les questions professionnelles touchant les AM.

Malheureusement, sauf au Manitoba, aucun cadre législatif ne permet aux AM d'exercer dans un contexte clinique civil et, par conséquent, de précieuses ressources disparaissent dans d'autres régions ou domaines. Mais les choses changent et la question gagne en importance.

Un événement clé s'est toutefois produit en 2003 et a renversé la situation : l'Association médicale canadienne (AMC) reconnaissait alors les AM comme de véritables professionnels de la santé au Canada. Cette reconnaissance de la profession par l'AMC dépendait toutefois de la création d'un profil national des fonctions et compétences d'un AM civil et généraliste. Tom Ashman, pionnier parmi les AM et membre fondateur de l'ACAM, est aujourd'hui conseiller dans la transition de la tenue de camouflage à la blouse blanche opérée au sein de cette jeune profession. Selon lui : « Pour obtenir la reconnaissance de la profession au pays, nous avons formé un conseil d'administration, composé de nombreux médecins, d'une infirmière et d'un pharmacien, de même que de quelques personnes influentes, qui agissait vraiment comme conseil consultatif. Ensemble, nous avons élaboré le profil national des compétences conditionnel à la reconnaissance de l'AMC. Je voulais être certain que la profession que j'exerce dans les forces armées pouvait atteindre son plein potentiel et bénéficier de normes de pratique vérifiables, externes et fondées sur des données probantes. »

Maintenant, le défi consiste à communiquer avec les intervenants, tels les ministères fédéraux; les ministères de la Santé, associations médicales et collèges des médecins et chirurgiens provinciaux; les régies régionales de la santé; et les écoles de médecine. Et c'est là qu'intervient Tom Ashman. À l'été 2007, il a reçu les lettres patentes permettant de constituer l'organisme sans but lucratif connu sous le nom de PA Development Foundation of Canada Inc. (M. Ashman a demandé au Dr Ken Jenkins, son mentor dans les forces armées et qui est aujourd'hui vice-président des services médicaux pour Western Health, à Terre-Neuve-et-Labrador, de présider le conseil de la fondation). « Les membres de notre conseil, explique M. Ashman, œuvrent depuis longtemps au développement des adjoints au médecin au Canada. Des conseillers des deux côtés de la frontière ayant participé à certaines étapes charnières du développement des adjoints au médecin aux États-Unis en font aussi partie. » La fondation offrira des services consultatifs aux intervenants, en plus d'agir à titre de dépôt central pour les connaissances acquises au sein de la profession. « Un centre de ressources à guichet unique », ajoute M. Ashman, soulignant qu'il aimerait que l'on conçoive des normes nationales transposables, peu importe que l'on ait été formé à Terre-Neuve, en Colombie-Britannique, ou quelque part entre les deux.

Et M. Ashman n'a absolument aucun doute quant aux personnes qui doivent être les principaux alliés et plus fervents défenseurs de sa profession, car la réponse est inscrite au cœur même de la désignation professionnelle : « On ne peut être adjoint au médecin sans médecin. Comme notre champ d'activité dépend entièrement des médecins, je crois que le déploiement d'adjoints au médecin dans les cliniques publiques devrait être mené par les médecins. L'une des raisons sous-jacentes au succès qu'ont connu les adjoints au médecin au cours des 30 dernières années aux États-Unis est que des médecins ont convaincu d'autres médecins, qui ont à leur tour convaincu d'autres médecins, que les adjoints au médecin sont une bonne chose. »

Les données tirées de l'expérience manitobaine, recueillies par le Dr Eric Bohm, de l'hôpital Concordia de Winnipeg, indiquent que les AM permettent à leur orthopédiste-superviseur de gagner l'équivalent de 4 semaines de 50 heures de travail par année. De même, dans l'analyse qu'il mène dans le cadre de son MBA, Lief Sigurdson, chirurgien plasticien, obtient des données montrant que la présence d'un AM pourrait accroître la productivité d'un chirurgien de 36,7 %. Il souligne cependant que l'on obtient une valeur actualisée des flux de trésorerie différentiels, un taux de rendement interne (TRI) et un taux de rendement du capital investi (RCI) beaucoup plus importants lorsque l'embauche d'un AM permet à un chirurgien d'exploiter deux salles d'opération simultanément.

Si tout se déroule comme prévu, l'Université du Manitoba lancera en 2008 le premier programme non militaire de formation des AM. Entre-temps, vu l'approbation du modèle des AM par l'AMC et les recherches menées aux États-Unis, l'Ontario a lancé un certain nombre de programmes pilotes d'AM. La Colombie-Britannique, l'Alberta, la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador se sont toutes montrées intéressées.

Et l'ACO est de la partie. Le Comité sur les normes nationales soutient les AM comme réponse efficace à la crise des ressources humaines en santé qui sévit au Canada et comme excellent moyen de réduire les temps d'attente pour les malades. « Les associations professionnelles et médicales seront des partenaires clés », raconte M. Ashman, qui aimerait que « les AM exercent dans tout le Canada au cours des prochaines années ».

[Pour en apprendre davantage sur PA Development Foundation of Canada Inc. et, peut-être soutenir l'organisme, on peut communiquer avec Tom Ashman, à Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir , ou avec le Dr Ken Jenkins, à Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir .]

Dernière mise à jour : ( 11-02-2008 )
 
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