Travailler au Québec
David Baillargeon, MD, CM, FRCSC
Laval (Québec)
Je suis présentement orthopédiste à la Cité de la santé de Laval depuis septembre 2004. Il s'agit d'un hôpital situé en périphérie de Montréal. Nous avons la chance d'accueillir, sur une base élective, des résidents séniors en orthopédie qui viennent parfaire leurs connaissances en arthroscopie. Au moment d'écrire ces lignes, un fellow était en formation dans notre centre.
La décision d'aller travailler dans cet hôpital est le fruit de plusieurs coïncidences. Personnellement, durant la troisième année de ma résidence, les patrons de certains centres, dans lesquels j'avais fait des stages, avaient manifesté leur intérêt à me recruter. Puisque je n'étais pas prêt à me commettre (et à faire de fausses promesses), j'ai décidé de faire ce qui m'intéressait : la médecine sportive. Je me suis dit que, même si les centres ont d'autres besoins, je ne choisirais pas une discipline pour les accommoder et potentiellement ne pas être heureux, mais bien pour faire ce qui me passionnait. J'ai donc appliqué pour un fellowship en médecine sportive dans des universités américaines. J'étais très curieux de la pratique aux États-Unis...
Une fois que j'ai été accepté en médecine sportive à UCSF, certains patrons canadiens ont réitéré leur intérêt à me recruter, mais sans offre officielle. Quelques mois avant de partir en fellowship, j'ai contacté un de mes anciens résidents séniors qui avait fait une surspécialisation en médecine sportive. Il pratiquait maintenant dans un centre en périphérie de Montréal et semblait avoir une pratique exceptionnelle. Bien que j'eusse toujours prévu pratiquer dans un centre universitaire, la rencontre des orthopédistes œuvrant dans ce centre (périphérique) m'a bouleversé. J'ai réalisé que je serais probablement plus épanoui et heureux à travailler dans ce centre. Ils m'ont fait une offre et j'ai accepté, sur une simple poignée de main!
Je suis allé à San Francisco en fellowship. J'ai appris beaucoup sur le système américain. J'ai eu de multiples offres d'emploi (universitaires et privées) dans plusieurs états américains, et ce, tant au début qu'à la fin de mon fellowship. Les salaires étaient plus intéressants aux États-Unis; toutefois, l'aspect administratif, le contrôle de la pratique par les grosses compagnies d'assurance et les heures de travail ne favorisant pas la vie familiale m'ont grandement influencé lorsque j'ai pris ma décision finale. Pour des raisons personnelles et surtout pour des raisons professionnelles, j'ai donc décidé de revenir pratiquer au Canada.
Bien qu'il soit facile et rapide d'obtenir l'information sur les emplois disponibles sur le marché dans nos revues et par des agences, je recommande à ceux qui cherchent un emploi de bien s'informer auprès de collègues (anciens résidents séniors) avec qui ils se sentent à l'aise de discuter. La réalité d'une pratique dans un centre peut être toute autre que celle communiquée par les agences, les annonces dans les revues et durant une entrevue d'une heure... Il faut aussi être honnête lorsqu'on cherche un emploi. Il ne faut pas succomber à la tentation de dire oui à tous les centres qui nous offrent un emploi pour leur faire plaisir et en pensant que la fin de la résidence sera plus facile... La communauté orthopédique canadienne est un petit monde, tout se sait... Si on fait des promesses à quelques centres en même temps, croyez-moi, ces centres finiront par le savoir et votre réputation en sera ternie.
En conclusion, choisissez votre carrière en fonction de ce qui vous passionne. Soyez curieux, profitez des congrès et autres activités pour discuter avec les résidents et les nouveaux patrons de plusieurs centres afin de comprendre les pratiques dans les multiples centres. Je recommanderais aussi aux centres qui cherchent des orthopédistes de non seulement annoncer dans des revues, mais aussi, surtout, d'envoyer comme ambassadeurs leurs « plus jeunes » associés dans les conférences afin de rencontrer les résidents et de leur brosser le portrait réel de leur pratique. Les associations provinciales gagneraient probablement à réserver quelques minutes durant leur programme scientifique pour permettre, à tour de rôle, à des orthopédistes de centres en recrutement de venir discuter de leur pratique.
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