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Adjoints au médecin :
la solution à la pénurie d'orthopédistes au Canada?
Ted Rumble, MD, FRCSC
Président sortant, Comité sur les normes nationales
Toronto (Ontario)
Eric Bohm, MD, FRCSC
Coprésident, Comité sur les normes nationales
Winnipeg (Manitoba)
Michael Dunbar, MD, FRCSC
Coprésident, Comité sur les normes nationales
Halifax (Nouvelle-Écosse)
Introduction
En 2002, l'Association Canadienne d'Orthopédie a créé le Comité sur les normes nationales (CNN) et lui a demandé de répondre à la question suivante : « Comment peut-on mieux répondre aux besoins en orthopédie de la population canadienne dans les années à venir? »
Sous la houlette des Drs Hans Kreder et Ted Rumble, le CNN a d'abord publié le National Workforce & Services Report, en 2004. Première étape dans la réflexion du CNN, ce rapport comportait nombre de conclusions importantes, dont la suivante : le Canada a besoin de 4,5 orthopédistes adéquatement soutenus par tranche de 100 000 habitants afin de répondre aux besoins de sa population. Puisque le nombre d'orthopédistes en activité au Canada est de 3,7 par tranche de 100 000 habitants, on constate une pénurie importante, soit d'environ 450 orthopédistes. Cette pénurie est en grande partie responsable des temps d'attente excessifs pour l'obtention de services orthopédiques.
Les projections du marché du travail sur 25 ans montrent que la situation n'ira pas en s'améliorant. En fait, il est probable qu'elle se détériore encore plus. Cela est dû au fait que, bien que la population canadienne continue de croître (augmentation de plus de 300 000 habitants juste l'an dernier), le nombre d'orthopédistes demeure le même.
La capacité d'accroître le nombre d'orthopédistes actifs au pays est en outre limitée par de nombreux facteurs. D'abord, on ne peut tout simplement pas former davantage d'orthopédistes parce que notre capacité d'expansion des programmes de formation existants est extrêmement limitée. Et, même si c'était possible, il faudrait attendre au moins dix ans pour constater les effets de cet accroissement de la capacité. Les orthopédistes formés à l'étranger peuvent constituer une option, mais cette approche n'est malheureusement pas une panacée, et ce, en raison des exigences d'accréditation établies par les gouvernements provinciaux et des questions éthiques entourant le recrutement à l'étranger, où on constate aussi des pénuries graves.
Il n'en demeure pas moins que, si nous ne pouvons pas fournir le volume adéquat de soins avec le nombre actuel d'orthopédistes, nous devons considérer le recours à d'autres fournisseurs de soins orthopédiques (comme les infirmières praticiennes) ou accroître la productivité des orthopédistes en faisant appel à des auxiliaires. Le CNN est d'avis que le meilleur moyen de répondre aux exigences croissantes en matière de soins orthopédiques au pays est d'opter pour des auxiliaires, en l'occurrence, des adjoints au médecin.
Qu'est-ce qu'un adjoint au médecin?
Le poste d'adjoint au médecin est peu connu au Canada, et pourtant, il fait partie intégrante de la prestation des soins orthopédiques aux États-Unis. L'adjoint au médecin est un spécialiste supervisé, formé dans une faculté de médecine et détenteur d'un diplôme équivalent à une maîtrise en médecine. Il (ou elle) travaille pour son superviseur, un orthopédiste. L'adjoint au médecin peut travailler à l'étage, en salle d'opération, en clinique ou en cabinet; il peut aussi faire des consultations. Il peut donner une ordonnance, selon certaines limites préétablies. On estime que l'adjoint au médecin peut assurer environ les trois quarts des services fournis par l'orthopédiste. Ainsi, sa présence au cabinet de l'orthopédiste peut accroître de façon marquée la capacité en matière de services du cabinet.
Selon l'American Academy of Physician Assistants, on compte quelque 60 000 adjoints au médecin aux États-Unis. Qui plus est, l'orthopédie est un de leurs principaux domaines de pratique.
Quelle formation l'adjoint au médecin reçoit-il?
Pour être admis à l'un des programmes de formation des facultés de médecine américaines, l'aspirant adjoint au médecin doit généralement détenir un baccalauréat, avoir obtenu une moyenne de 3,8 et posséder une expérience clinique. Le programme, d'une durée de deux ans, est à l'image du programme de médecine, mais se concentre sur les aspects pratiques de la profession. L'un des programmes les plus réputés est offert à la Duke University (voir http://paprogram.mc.duke.edu/ - en anglais seulement); il a d'ailleurs servi de modèle pour l'élaboration de plus de 130 programmes aux États-Unis. À la base, l'adjoint au médecin a une formation de généraliste. Ainsi, une fois diplômé, il effectue un stage d'au moins un an dans la spécialité qu'il a choisie.
Quelle place l'adjoint au médecin occupe-t-il?
Selon la loi, l'adjoint au médecin doit être à l'emploi d'un médecin. Cela est à l'avantage de tous les intervenants, puisque la loi crée ainsi un milieu favorable à une véritable collaboration. Ainsi, la pratique d'un adjoint au médecin est à l'image de celle de son employeur. L'adjoint au médecin peut travailler dans différents milieux, des centres universitaires aux cliniques, en passant par les hôpitaux communautaires.
Quels services orthopédiques l'adjoint au médecin peut-il offrir?
Les services offerts par l'adjoint au médecin sont à l'image de ceux fournis par son superviseur et vont de la tenue des premières consultations et des consultations de suivi aux soins aux malades hospitalisés, en plus de diverses tâches d'assistant en salle d'opération. Plus précisément, l'adjoint au médecin peut : prescrire des médicaments dans les limites établies, demander et lire des radiographies, agir à titre de premier assistant en chirurgie, faire les sutures, faire des consultations en compagnie de son superviseur, faire un plâtre, de même que beaucoup d'autres procédures mineures.
Comme, au bout du compte, c'est l'orthopédiste qui est responsable de toutes les activités de l'adjoint au médecin, c'est lui qui détermine les responsabilités de celui-ci dans son cabinet. Généralement, plus un adjoint au médecin a de l'expérience en cabinet, moins l'orthopédiste a besoin de le superviser directement.
En quoi l'adjoint au médecin est-il différent du résident?
L'adjoint au médecin est dûment formé et a une expérience considérable dans son domaine. Il s'avère très utile pour les résidents en formation, car il assume une partie des services, ce qui permet aux résidents de se concentrer davantage sur leur apprentissage. L'adjoint au médecin peut aussi participer à la formation pratique des résidents.
Quelle est la rémunération de l'adjoint au médecin?
La majorité des adjoints au médecin américains reçoivent un salaire versé par le médecin ou le superviseur pour qui ils travaillent. Le cabinet de celui-ci peut facturer Medicare ou la compagnie d'assurance (honoraires calculés au prorata jusqu'à concurrence de 80 %) pour les services fournis par l'adjoint au médecin. Ainsi, le cabinet du médecin accroît ses revenus, ce qui permet entre autres de payer le salaire de l'adjoint au médecin.
De quelle façon l'adjoint au médecin est-il assuré?
L'adjoint au médecin doit se procurer sa propre assurance contre la faute professionnelle.
Y a-t-il des adjoints au médecin au Canada?
Il y a beaucoup d'adjoints au médecin dans les Forces armées, où ils travaillent dans le secteur des soins de première ligne. Le Manitoba est toutefois la seule province disposant d'une loi qui permet aux adjoints au médecin civils (appelés assistants cliniques) de pratiquer leur profession.
Le programme de chirurgie de l'Office régional de la santé de Winnipeg emploie actuellement des adjoints au médecin dans de nombreuses sous-spécialités, dont l'orthopédie. L'Office a par ailleurs constaté une augmentation de la capacité en matière de services et une intégration réussie au sein de l'équipe de soins. Par exemple, les orthopédistes du Joint Replacement Group de l'Université du Manitoba effectuent sept ou huit arthroplasties par jour grâce à l'aide des assistants cliniques, qui leur permet d'exploiter deux salles d'opération. Ces mêmes assistants participent ensuite aux soins postopératoires dans le pavillon.
Conclusion
Au Canada, il y a pénurie en orthopédie, et la situation va continuer d'empirer. L'intégration d'adjoints au médecin à la pratique orthopédique au pays pourrait donc nous placer dans une meilleure position pour répondre aux besoins actuels et à venir de la population canadienne. Le CNN compte documenter l'expérience de l'Office régional de la santé de Winnipeg avec les assistants cliniques, puis pousser le perfectionnement et la mise en œuvre de cette solution partout au pays.
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